Fr@sques électriques

En septembre 2017, après la fermeture autoritaire et sauvage du musée Sellier, les services culturels de la municipalité inaugurent avec faste et concert de musique classique sur la place de la Liberté une fresque trompe-l’œil destinée, dit-on, à revitaliser le cœur historique de la cité. Un cache-misère en compensation de la fermeture du musée municipal ; marché de dupes, s’il en est. Au moins, cette gentille placette permettra aux voisins, présents et à venir, s’y reposer, se soleiller et passer du bon temps dans un cadre agréable.

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avons déjà
(« Une farce ou
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actes ») que
vente se fait sans
plus-value pour
finances de la

ville. Précisons les chiffres : deux parcelles ont été vendues au promoteur de la future maison pour seniors fortunés et ce pour un montant de 2,750 millions d’euros. Le prix de reprise de la principale parcelle payé par la commune a été de 2,153 millions et l’estimation par les domaines de la seconde parcelle est de 0,574 millions. Faites le compte : 2 750 000 – 2 153 000 – 574 000 = 23 000. 23 000 misérables euros sur une opération de plusieurs millions ! Tous ces chiffres sont issus des comptes-rendus de conseils municipaux. Impressionnant résultat pour notre expert immobilier.

 

Or, sur le terrain vendu à la société de Levallois-Perret se trouvent les transformateurs qui, on l’imagine aisément, sont devenus obsolètes et devront être retirés dans le cadre du projet et de la démolition des structures existantes. Il faudra donc les remplacer. Pour tout permis de construire, les services de l’urbanisme de la ville doivent contacter Enedis pour connaître les besoins en raccordement électrique. Rien de plus simple que de mentionner dans l’acte de vente que les nouveaux transformateurs seront installés par Enedis sur le terrain puisque les anciens y étaient déjà installés. Ainsi, comme dans tous les projets immobiliers, le pétitionnaire du permis de construire devra mettre à la disposition d’Enedis un emplacement et le financement est à sa charge.

Insistons : dans les mêmes mois de fin 2017 où l’on fait peindre le trompe-l’œil, la commune sait déjà que les transformateurs du terrain Peirin doivent être remplacés. On peut imaginer que l’acheteur rechigne à la servitude générée par leur implantation et chipote sur le prix, mais la vente ne devrait se faire qu’à cette condition. Monsieur le Maire ne se vante-t-il pas d’être un âpre et aguerri négociateur ? Le meilleur expert que notre ville pouvait rêver (sans compter l’appui indéfectible de Monsieur Smadja).

Nous en venons aux hypothèses : la première est liée à la précipitation, maintenant amplement vérifiée, des décisions de Monsieur le Maire. Les transformateurs ; on verra plus tard, l’important est de ficeler au plus vite cette vente qui est, depuis son arrivée, avec la vente du terrain du Yotel, l’une de ses obsessions immobilières. La seconde est qu’on n’est jamais trop aimable avec les promoteurs de Levallois-Perret et qu’on ne veut pas leur imposer la contrainte des transformateurs. Nos lecteurs jugeront quelle hypothèse est la bonne ou si les deux sont valides.

Quoiqu’il en soit, le résultat est sous les yeux des Cogolinois. Deux bâtisses sans grâce sont édifiées sur la voirie municipale et l’une d’entre elles vient totalement obstruer la vue sur le trompe l’œil de la place de la Liberté, vieux de six mois, éphémère embellissement en vérité. La faute à pas de chance explique notre bon maire qui nous prend vraiment pour des imbéciles. Aucun autre emplacement n’était disponible et acceptable par Enedis. Vraiment ?

Il ne fait plus de politique, nous a-t-il déclaré, il se consacre à la gestion de sa municipalité. Jugeons le visible des résultats de cette nouvelle orientation. Après les feux rouges inutiles, les transformateurs sur la voie publique viennent prouver, à la face de tous les Cogolinois que, même dans ces domaines, sa maestria est toute verbale et son présumé savoir-faire pitoyable.

Dépenses inutiles et disgracieuses qui continuent à se faire sans l’ombre d’une validation par le conseil municipal, à la barbe et au nez des administrés.

On travaille, nous dit-on, au camouflage de ces verrues. Camouflage, le mot est juste. Camouflage systématique de toutes les décisions prises par Monsieur Lansade sous des justifications aussi variées que mensongères. Camouflage de ses véritables desseins, de ses véritables intérêts. Camouflage, tout est camouflage !

Et camouflet pour le bon sens, camouflet pour Cogolin et ses habitants.

On t’kiffe grave, Somma !

Colingo Maire-Taire n’a jamais caché sa prédilection pour les belles phrases, quelque peu désuètes, dans notre monde d’abréviations, d’émoticônes et d’interjections. Aussi n’était-ce pas sans une profonde admiration, et une pointe de jalousie, que nous avions entendu notre premier adjoint déclarer sa flamme à notre bon maire lors de la séance du conseil municipal de fin mars. Avec le compte-rendu maintenant publié, nous avons retrouvé le verbatim que notre mémoire imparfaite n’avait pu retenir dans la transe épique qui nous avait alors saisis. Il y a des gloses dont on ne peut faire l’économie de se gausser.

Reprenons ce panégyrique amphigourique qu’on devrait faire apprendre par cœur à nos enfants dès qu’ils ont l’âge de raison et obliger à étudier en classes terminales sous forme d’explication de texte.

L’exorde, on ne peut plus tambour battant, va ainsi :

« plus qu’un avis, plus qu’un ressenti : une conviction !
Certains ont pensé : ça y est ! C’est fini !
Ils sont foutus !
Le putsch à la démission va réussir.
Il n’en fut rien. »

Il y a là de la fougue et une série d’assonances remarquables. Notre orateur aurait dû cependant peaufiner. Avec un zeste d’effort supplémentaire, il aurait transformé cette magnifique introduction avec de belles rimes, à la façon de la tirade du nez d’Edmond Rostand. N’allait-on pas voir le nez de Pinocchio s’allonger au fur et à mesure de la déclaration ! Colingo, peu viril derrière son ordinateur, proposerait humblement :

Plus qu’un avis,
plus qu’un ressenti,
Une conviction !
Ils ont pensé ;
ça y est,
c’est fini !
Ils sont foutus !
Un putsch à la démission ?
Rien, il n’en fut !

Vient ensuite une pincée de science sociale qui justifie, à elle seule, le bien-fondé de son argumentaire :

« Mieux encore : la sélection naturelle de notre cher Darwin s’est produite et les inutiles sont partis »

On admire cette connivence, à la fois fraternelle et respectueuse, de Monsieur Masson avec Charles Darwin, propagateur de la révolutionnaire Théorie des Espèces tant vilipendée encore de nos jours. On ne doute pas que cette amitié résulte, non seulement de la lecture assidue de la Théorie, mais aussi de l’accointance de notre premier adjoint avec des ouvrages plus obscurs de son cher Darwin. Tels que la monographie dédiée aux Cirripèdes (Londres, 1851), une sous-classe de crustacé marin (voir notre billet de la semaine dernière) ou son dernier écrit concernant la formation de la terre végétale par l’action des vers de terre (Londres 1881).

Il eut fallu cependant que notre cher Masson ne s’éloignât point de la théorie de Darwin en matière d’histoire naturelle et ne s’engageât sur le terrain, beaucoup plus polémique, du darwinisme social. Les « inutiles » apprécieront à sa juste valeur cette validation pseudo-scientifique et ceux qui restent, les Utiles de service, prendront garde à ce que leur utilité ne soit pas seulement de circonstance.

Une référence littéraire à un roman peu connu d’Honoré de Balzac, partie de la Comédie Humaine, vient, à propos, faire la liaison avec la suite, La Peau de Chagrin, publiée en 1831. Au début du livre, un vieil homme prédit au jeune Valentin qui souhaite acquérir cette peau : « Si tu me possèdes, tu posséderas tout, mais ta vie m’appartiendra. ». On comprend que Monsieur Masson ait demandé à méditer cette prophétie !

Puis le morceau de bravoure qu’ici, à Colingo, on adore :

« D’autres afficionados … se sont sentis pousser des ailes. Des associations Tupperware se sont créées rivalisant de coiffures aux brushings impeccables et aux imperméables vintage, prônant l’idée d’un repli en mettant Cogolin au centre de Cogolin … »

Avec peu de mots,  Monsieur Masson nous offre des éclairs de génie visuel. En multipliant les emprunts aux autres langues que le français et le provençal, des « Afficionados » à qui poussent des ailes, des associations « Tupperware », des « Brushings » impeccables, des imperméables « Vintage », il explose en un cosmopolitisme flamboyant qui n’est pas sans nous rappeler Valéry Larbaud quant à la poésie et Paul Morand pour la formule mordante. Quel dommage de ne pas y avoir ajouter un mot d’origine arabe ; c’eut été un fort beau pied de nez à ce salamalec !

En effet, de qui parle-t-il donc notre exotique dandy linguistique ? La chasse aux clefs est ouverte.

Ensuite un passage obligé contre le lynchage médiatique, la presse, les réseaux sociaux qui ne fait pas honneur à l’envolée lyrique mais qui devait prendre leur place dans l’argumentaire. Un peu trop classique, mais on pardonnera à l’être aimé.

Puis, un autre morceau d’anthologie dont nous peinons à commenter la profonde vérité philosophique :

« Je suis un légaliste et un loyaliste. J’ai un profond respect pour l’autorité et je m’efforcerai de la faire respecter à tous les niveaux que ce soit, à condition, bien sûr, que celle-ci soit honnête et exemplaire ».

Oui, brave gens, pincez-vous. Notre orateur vient-il de passer la frontière d’une réalité virtuelle ? C’est bien notre premier adjoint, légaliste, loyaliste, tout pétri de respect pour l’autorité, dans son ode d’amour à son maire bien-aimé, honnête et exemplaire.

On se dit qu’on a atteint ici un niveau supérieur, en version picrocholine, du fantasme du grand remplacement. Ou bien ?

Ou bien, sachant la finesse intrinsèque déployée par Monsieur Masson en toutes circonstances, s’agit-il, plus sûrement, d’auto-dérision au second degré sous forme d’antiphrases. Notons que ce paragraphe utilise le je singulier et non le nous des collègues au nom desquels il est censé s’exprimer. Douterait-il que tous ces utiles de service soient vraiment légalistes, loyalistes et respectueux de l’autorité honnête de l’exemplaire Monsieur Lansade ? Des inutiles potentiels peut-être ?

Enfin, cette péroraison, en forme de singulière confession, sortie tout droit d’un prêche de Monsieur le curé :

« L’église sera toujours, avec nous, au centre du village. Quant aux mauvais esprits, ils peuvent rester aux portes de la ville. »

Vade retro satanas, mauvais esprits et petits individus, athées, protestants, œcuméniques, musulmans et déicides. Gloire au dieu catholique, au magistrat honnête et exemplaire et à son premier vicaire élégiaque !

Le médecin de Monsieur Masson a un sérieux cas de dédoublement de personnalité sur les bras. On peut imaginer, après une telle envolée lyrique, qu’aucun opposant ait dorénavant la moindre velléité de tenir le crachoir sans avoir, tout d’abord, révisé ses classiques et la langue de bois.

Quoi qu’il en soit, Masson, on t’aime !

Anguille sous roche ou l’avatar de crustacé

Les couche-tard seront peut-être restés devant leur écran de télévision lundi soir pour regarder l’émission spéciale sur la chaîne publique régionale FR3. On aurait pu croire à un nouvel épisode de Thalassa mais l’enquête s’attarde sur cette frange incertaine entre mer et terre où, sous couvert de salades provençales, de rances hiérarchies des races et d’un culot de bulot, un animal venu d’ailleurs a fait de notre commune un panier de crabes aux appétits dévorants.

Remontant du silence de ses plongées habituelles, le réalisateur s’est élevé au-dessus de la ligne de flottaison pour étudier la faune littorale. Après avoir filmé la vie sous-marine, il est venu étudier la ville sous Marine. Tout commence par quelques coquilles vides, échouées sur la place des boules et au café voisin, qui se plaignent de l’arrivée d’autres gastéropodes à coquille plus colorée amenés par la mer. Ils ne veulent pas mélanger les moules noires et les cauris blancs, question d’esthétisme sûrement. Ils demandèrent à une poignée de bigorneaux bretons de leur envoyer un représentant d’envergure. Ignoraient-ils que le père était déjà à demi fossilisé et sa descendance à couteaux tirés ? De la main du parrain d’à-l’ieau, arriva sur nos rivages un beau spécimen de mollusque dans une jolie coquille nacrée. A moitié marin des côtes de Dalmatie, à moitié terrestre sous la coque dorée.

Bien que certains pétoncles, accrochés à leurs certitudes comme à un rocher, continuent de clamer leur vénération pour le bel animal, beaucoup d’autres, plus bivalves que d’autres, commencèrent à se poser des questions. Qui se cachait donc sous cette coquille irisée ? Ils l’apprirent à leurs dépens. L’animal invita quelques amis à la fête ; depuis d’un rivage voisin, un invertébré, à l’aspect innocent mais habitué à lancer son encre comme une seiche venimeuse. Un vieux requin depuis les eaux troubles du bassin parisien. Et des calamars calamiteux, des supions suspects, des aiglefins-aigrefins, du rouget du perret, des anchois de levallois, tous plus ou moins poulpes tentaculaires.

Les plus éveillés de nos conchyliologistes amateurs finirent par comprendre, les uns après les autres, qu’on leur avait vendu un redoutable prédateur sous la forme d’un gastéropode à belle coquille. Le fringant mollusque, sous sa fastueuse apparence, n’était en réalité qu’un bernard-l’hermite.

Un bernard-l’hermite qui trouvait toujours sa coquille trop petite. Au fur et à mesure qu’il engouffrait la nourriture que d’humbles turitelles venaient lui fournir en reculant sur leur pied chancelant en signe de respect, il devait trouver une coquille plus large pour s’y loger. Déjà pourtant confortablement installé, il s’enquit de plus amples demeures où prospérer, lui et ses amis ; la vénérable demeure Sellier, le bois de Notre-Dame des Anges où il importait peu que vivent déjà d’autres animaux à carapace, le terrain de la maison Peirin, justement inhabitée. La plus belle des terres semi-aquatiques qu’il imagine déjà peuplée d’hippocampes. Et le port, madré ! Quelle belle pèche pour les arapèdes de service, autrement dit les chapeaux chinois et quelle belle tanière pour le loup maximois. Vive la conchyliculture.

On avait promis une perle vertueuse, doux Jésus, on se retrouvait avec un crabe muni de deux belles pinces, Monseigneur ! Celle de droite plus puissante que l’autre, cela va sans dire. On cherchait un champion des mollusques locaux, on avait le chef de file d’un panier de crabes. Certains, mieux versés dans la classification de Linné, ne furent pas dupes très longtemps. Vexés de s’être fait bernés par l’apparence, il se refermèrent dans leur coquille pour ne plus rien voir ni dire. D’autres, au contraire, dénoncèrent la fraude, l’usurpation d’identité et la sauvage boulimie du faux gastéropode omnivore. Même une huître portugaise, après s’être bouché les oreilles et la bouche, y alla de son cri du cœur. Restent encore, cependant, de nombreuses berniques, peut-être déficientes en moyens visuels ou en matière grise, qui continuent à s’ébaudir qu’un mollusque put avoir de si belles mâchoires.

D’ermite, on le sait, notre bernard n’a que le nom. Et de saint encore moins, sauf à considérer le tonnelet. C’est du moins ce que dit Marion. Il les a bien bernés, les conques !

Le jeu de tennis de Monsieur le Maire


Début 2018, les gazons synthétiques des courts de tennis n’avaient pas fini de faire jaser. Plis, bosses et sable ; la cata. Il l’avait mentionné, à titre anecdotique, lors de sa présentation de vœux. Les nouveaux revêtements des courts municipaux du Tennis Club, chemin des Pasquiers n’avaient pas tenu bien longtemps sous les vents « extraordinaires » des semaines précédentes. Petite anicroche sans conséquence dans la pléthore de points gagnants distribués aux gradins enfiévrés de la population. C’est vrai que cela venait après avoir déclaré forfait sur la privatisation du musée Sellier, après la terrible bronca des tribunes sur l’erreur de positionnement du feu rouge de la poste et après la défection de dernière minute sur la construction de l’extension du Cosec. Tant de jeux emblématiques nourris d’analyses approfondies confiées aux meilleurs professionnels de la planète et assimilés dans les moindres détails par l’excellente expérience tennistique de notre champion. Il fallait mieux en rire qu’en pleurer. Des petits points perdus, comme sans le faire exprès, au fil de parties magistrales. Vexants mais pas rédhibitoires.

On le sait, au tennis, Monsieur Lansade a pratiqué pendant des années son coup droit. Un coup très à droite même, tellement à droite qu’il donnait souvent l’impression d’un coup tordu. Pas question pour lui de relancer au centre, il lui fallait dénicher les angles les plus vicieux pour renvoyer la balle, coinçant l’adversaire au fond du court tandis que lui occupait le terrain, tout le terrain. Il lui arrivait même de sauter par-dessus le filet dans l’impétuosité de ses déplacements. Un maître de la volée (de bois vert), un as de la feinte et de l’esquive. Son partenaire pouvait toujours essayer de le surprendre, il était toujours là où allait atterrir la balle. C’est vrai qu’il n’était pas bon perdant. Le moindre point gagné par l’adversaire était âprement discuté : mauvais positionnement, mauvaise foi, faute de pied, balle en mauvais état, gêne du ramasseur, défectueuse raquette cordée (oui, mauvais jeu de mots), partialité de l’arbitre, parti-pris des commentateurs. Ce n’était jamais de sa faute, toujours celle des autres.

Le jeu de Monsieur Lansade est rarement orthodoxe. Il brille autant par son inventivité que par la non-acceptation des règles. Ce que ne manquaient pas de souligner les instances de contrôle, un peu mesquines sur les principes. Son coup droit, ça allait, mais il lui fallait encore pratiquer son revers. En ce début de saison 2018, il le pratique avec un certain sens de la persévérance désespérée. Et avec un certain succès sur les points importants, il faut bien le reconnaître.

Il y eut d’abord le revers du rond-point. Une technique élaborée de contournement qu’il avait inventée. Faites déborder la ville de l’autre côté d’une route accidentogène, l’accroissement de la circulation nécessitera un beau rond-point. Arrangez-vous pour que quelqu’un d’autre avance les fonds en promettant la récupération de la mise initiale par d’avantageuses réductions d’impôts locaux. A moi, le rond-point gratuit, à mes successeurs le manque de rentrée d’argent. Belle opération mais contrecarrée par l’aberrante sanction de l’arbitre de chaise.

Puis, le revers du tournoi du terrain inondé, joué, sans aucune logique sur un soit-disant hippodrome. Sponsorisé cette année par la Cogedim et soutenu par une campagne sur le risque d’aquaplaning. Encore une belle manœuvre d’ouverture, attaque puissante ; une occupation presque intégrale du terrain, ne laissant aucun coin mort. Monsieur le maire voulait même jouer de chaque côté du filet sans laisser le moindre centimètre-carré à son adversaire. Il concède, à contre-cœur, de n’occuper que la moitié du terrain de jeu, mais promet, pour plus tard, de s’imposer aussi dans l’autre camp. Il conteste ses fautes de marque et les « out », vitupère sur celles, imaginaires, de son partenaire et néanmoins adversaire. La fédération locale, à bout de patience, demande un arrêt de jeu, le temps qu’il faudra pour lui faire comprendre les règles.

Enfin, le revers du tournoi nautique dit des marines. Sur l’eau, Monsieur Lansade pense pouvoir se passer des règles qui l’entravent sur terre. On commence par confier l’élaboration de nouvelles règles à l’abri des regards dans une obscure officine dont il a confié les clefs à un proche. Puis d’attribuer la mise en vente des places à un vendeur de chaussures qui n’a jamais organisé un tournoi de sa vie mais qui a bien l’intention de toucher les balles, sans vouloir être vulgaire. La justice tique et siffle l’expulsion.

Trois jeux à zéro. Les aces gagnants se transforment en flops. La nouvelle saison s’annonce difficile.

Monsieur le Maire est-il en passe de réaliser le Grand Chelem des revers ? Il reste encore un tournoi important ; le tournoi des seniors, coorganisé avec la municipalité de Levallois-Perret, au prix richement doté. Un tournoi qui a pris récemment un aspect très électrique depuis le sponsoring d’Enedis. Les spectateurs que nous sommes, tournant la tête de droite à gauche et inversement, certains pour suivre la balle et d’autres pour manifester notre incrédulité face à ce jeu. Nous attendons avec impatience que le juge de ligne siffle encore la faute et que notre McEnroe local finisse par jeter la raquette de dépit.

Il pourrait toujours se recycler dans la bicyclette, son joli cadeau de Noël. Ou mieux encore, aller jouer ailleurs.

Cachez ce saint que je ne saurais voir !

Quelle commune de France aurait l’idée saugrenue d’ériger une nouvelle statue de saint en l’an de grâce 2018 ? Vous l’aurez deviné : nous devons répondre, navrés, la nôtre !

A l’heure où la famille du lieutenant-colonel Beltrame demande qu’aucune récupération politique ne soit faite de son nom, notre tartuffe de bon maire continue sa campagne crypto-frontiste de dévoiement pseudo-historique. Un Saint Maur tout neuf sorti d’une continuité vichyste de l’altérité historique où les revendications régionales faussement ancestrales se mêlent à un retour de pacotille aux racines chrétiennes.

On ne peut guère se tromper sur les intentions de cette décision tout aussi anachronique que provocatrice qui cherche à donner une tonalité religieuse dépassée et nauséabonde à une fête, les Bravades, qui n’ont d’historique que la mise en scène et de religieux que la balade à l’air libre du saint patron de la ville.

Que Saint Maur soit devenu le saint protecteur de Cogolin tient, croit-on, au fait qu’une chapelle lui était dédiée dès le XVIIe siècle dans la campagne qui aujourd’hui est devenue le quartier du même nom. A sa construction, on y avait trouvé une pierre tombale datant de l’époque romaine, premiers siècles de notre ère. Raison pour laquelle on dédia cette chapelle à un saint venu de Rome en Gaule au milieu du VIe siècle. Serait-il nécessaire de rappeler que Maurus, tout chrétien qu’il fût, était un rejeton de sénateur romain, ce peuple venu d’ailleurs qui ne se contenta pas d’occuper une petite partie du pays provençal pendant quelques décennies mais de l’annexer en totalité, purement et simplement, pour des siècles ?

Maurus, moine bénédictin avait donc fait les trois vœux de pauvreté, obéissance et chasteté, voeux qui ne lient en rien notre séculaire premier magistrat. C’est sous le nom provençal de Maourin, devenu Maurin, que les villageois de siècles passés connaissaient la chapelle où l’on allait prier lorsque la vie devenait trop dure et qu’une intercession aurait été utile. Sans doute verrons-nous écrit sur la plaque commémorative que Monsieur le Maire ne manquera pas d’inaugurer, avec la bénédiction urbi du représentant ecclésiastique actuel, que la chapelle Saint-Maur, « voûtée, grande et bien bâtie » selon les mots du curé de Cogolin vers 1730, a été détruite au XIXe siècle, victime de la rapacité immobilière de l’époque, pour laquelle, nous devons le reconnaître, nous ne pouvons blâmer Monsieur Lansade.

C’est bien après le passage hypothétique de frère Maurus que des habitants d’Alicante, peut-être lassés des charmes de cette station balnéaire qui n’a rien à envier aux attraits de Split, décidèrent de faire une virée dans notre région. Les historiens donnent une date assez précise : 890. Ils restèrent environ 80 ans dans la région jusqu’à ce que le comte Guillaume de Provence les en chassa en 973 afin de consolider son domaine féodal. Ceux qui échappèrent à la mort durant la bataille de Tourtour purent rentrer chez eux où on les laissa en paix jusqu’à la fin du XIIIe siècle.

Il est assez risible de lire sur le site de la mairie, toujours friande d’approximations, sources de demi-vérités qu’elles en deviennent des mensonges, la phrase suivante :  » Du IVème au IXème siècle, les Sarrasins tentèrent d’envahir les côtes provençales. Pour défendre le village, un Capitaine de village fut nommé à partir du Xème siècle. C’est ainsi que les Bravades virent le jour « . Autrement dit, le village décida de nommer un capitaine pour défendre le village après que les Sarrasins eurent cessé de tenter d’envahir la région.

Les statues de saints sont dans les églises afin que les paroissiens et les croyants de passage viennent y présenter leurs prières, une pratique qui frôle le péché de polythéisme. Ils fleurirent parfois sur les parvis en des siècles révolus avant que la République vienne définir que la croyance religieuse relevait de la sphère privée. Que vient faire cette statue sur le domaine public ?

En dehors du salut de nos âmes, installer un saint sur le rond-point d’entrée de la ville est aussi dangereux sur le plan physique. Autant que la fameuse fontaine de la place Victor Hugo. Il faut craindre en effet que de pieuses personnes ne se fassent écraser en venant rendre hommage au saint homme. A moins que Monsieur Lansade ait aussi prévu une passerelle piétonne pour que cette statue ne se sente pas totalement inutile, abandonnée dans le flot des véhicules et noircissant au fil du temps par les gaz d’échappement. On peut s’attendre à tout avec ce bâtisseur frénétique. Nous venons bien de voir s’édifier un local électrique devant la fresque en trompe-l’œil récemment inaugurée en grande pompe.

Peut-être aussi Monsieur le Maire ne sait-il pas que Saint Maur est le patron des fossoyeurs. Celui qui imaginait à son arrivée que les bougres locaux n’hésitaient pas à retirer leurs dents en or aux cadavres, devrait méditer sur son action dans notre belle bourgade à la lueur de ce patronage.

Caius, son chien et son coq – IV

Nos lecteurs auront peut-être eu du mal avec cette histoire à épisodes (à lire les trois premiers sur ces liens : Episode 1Episode 2Episode 3). Il faut effectivement savoir qui se cachent sous ces noms romains et que signifie cette parabole. Allez, cet épisode est le dernier et vous offrira les clefs de l’histoire.

Les six années allouées par le conseil d’Heraklea aux deux naufragés étaient arrivées à leur terme. Les versants de la colline d’Alaenus verdoyaient d’oliveraies et les marécages en contrebas avaient été assainis pour y planter des cultures maraîchères. Les fortifications, judicieusement choisies offraient une défense efficace. Les légionnaires, libérés de leurs obligations, s’installèrent sur les lopins qui leur furent attribués en bonne et due forme mais ils restèrent fidèles à leur chef et à leur nouvelle communauté en donnant bénévolement de leur temps pour continuer à améliorer les ouvrages de protection. Les plus riches familles d’Heraklea n’hésitèrent pas à confier à ceux qui le désiraient leurs plus jolies filles, assurées d’un bon mariage.

Les murailles de la colline de Marcus Stephanus commençaient à donner des signes de faiblesse. Il est vrai que, ces dernières années, il ne lui restait que peu de main-d’œuvre pour les consolider.  Grand nombre d’esclaves avaient disparu soit parce qu’ils avaient fui, soit pour être morts d’épuisement et de malnutrition. Les marais avaient aussi reculé au pied de la colline, principalement devant la villa que s’était fait construire Marcus Stephanus. Les quelques esclaves qui restaient avaient été affectés dans la demeure ou dans les champs avoisinants. Fier de ses réalisations et balayant d’un revers de main les critiques, Marcus Stephanus exigea du conseil des sages la propriété de l’ensemble des terres ainsi qu’une autre portion non négligeable pour son ami Samajat. Les sages rétorquèrent que le peu de recettes versées à la communauté durant ces six ans ne permettait pas une si grande rétribution. Marcus Stephanus s’emporta et traita ces dignes vieillards de fourbes, de traîtres et d’hommes sans parole.

Deux jours plus tard, dans l’aube naissante, l’esclave promu intendant de la villa courut à Heraklea et demanda à voir le conseil. Il informa que le feu avait consumé la villa de Marcus Stephanus pendant la nuit et s’était propagé sur une bonne partie de la colline. Et qu’on ne savait où lui et Samajat pouvaient bien être. Une fois les braises refroidies, les gens d’Heraklea fouillèrent les décombres encore fumants et ne trouvèrent aucune trace des corps de Marcus Stephanus et de Samajat. Ils ne trouvèrent pas plus les coffrets de pièces d’or que l’esclave intendant assurait y avoir été entreposées depuis des années. Il fallut des décennies pour que la colline fut à nouveau consolidée et habitée.

Après la disparition de Marcus Stephanus, Alaenus put conter ce qui s’était vraiment passé à bord de leur barcasse. Ils avaient dérivé bien plus longtemps qu’espéré et ils durent rationner l’eau et les vivres restantes. Caius, peu habitué à manquer de nourriture se plaignait et, une nuit, croyant les deux autres assoupis, il tenta de voler le peu qui restait. Marcus Stephanus le surprit et, s’emparant de son épée, lui trancha le cou. Il jeta la tête à la mer et décréta qu’ainsi eux deux pourraient survivre plus longtemps. Il décida de garder le corps à bord en cas de besoin.

On le sait, le nom de Grimaud donné bien plus tard à la colline fortifiée d’Alaenus ne vient pas du nom du chien qui débarqua de la barque légendaire mais, bien plus tard, du nom du premier seigneur des lieux, un certain Gibelin de Grimaldi qui avait combattu les Sarrasins. Guillaume de Provence, le suzerain de la région, nomma Gibelin maître de la colline en 983, un titre qu’il perdit pour avoir enfreint les règles applicables aux nobles ; une sombre histoire de ponctions sur les pourboires des auberges de la région. Une taxe communale sur les chambres d’hôtes en quelque sorte.

Quant à Cogolin, la colline de Marcus Stephanus, nous l’avons déjà dit : pas de coq dans son histoire. Son nom trouve son origine du latin cogo linum. Cogo vient du verbe cogere conjugué à la première personne du singulier de l’indicatif et linus est le mot latin pour le lin, pris ici à l’accusatif. La traduction littérale serait « je rassemble le lin ». Sauf que dans nos régions, le climat y interdisait, hier comme aujourd’hui, la culture de cette plante. Il faut donc chercher l’explication dans le sens figuré, une métaphore. Cogo linum en réalité veut dire « je plie la voile ». On la retrouve dans une des satires du poète Horace où il se moque d’un arriviste fanfaron obligé de fuir après un scandale financier. Une expression idiomatique de l’époque qui pourrait se traduire aujourd’hui par « si je prends un pâté, j’me casse ».

Caius, son chien et son coq – III

Si vous ne l’avez pas encore fait, lire les épisodes I (sur ce lien) et II (sur ce lienavant de continuer.

Heraclea était un petit port de pécheurs paisible installé sur un promontoire à l’entrée d’une vaste baie. D’une colline proche on pouvait voir très loin vers la mer et des fortifications sommaires permettaient la défense contre les pirates. La situation avait été paisible pendant plus d’un siècle. La Gaule Narbonnaise bénéficiait de la protection de Rome et avait été pacifiée depuis plus d’un siècle. La seule menace, de mémoire d’homme, en dehors des impôts prélevés par les Romains, avaient été les pirates. Ils pouvaient surgir de l’horizon sur leurs rapides liburnes et profiter des brumes matinales. Mais les temps changeaient.

Avant de confier à leurs invités deux de leurs jeunes filles afin qu’ils s’intègrent par le mariage à la communauté, les villageois leur demandèrent d’utiliser leur expérience militaire pour proposer à la cité un système de protection contre de possibles razzias par voie terrestre. C’est qu’en ce temps-là, les barbares venaient du nord. Les vents ont tourné depuis, mais l’aversion des autochtones reste la même. Des êtres presque sauvages aux mœurs révoltantes et qui se complaisaient dans la boucherie la plus vile. Du moins c’est ce que prétendaient certains. Un certain Charlemagne, issu de ces hordes nordiques, démontra le contraire quelques siècles plus tard. Au-delà de la partie marécageuse du golfe, se dressaient deux petites collines. Alaenus fut chargé d’occuper l’une d’entre elles tandis que Marcus Stephanus s’installerait sur l’autre.

Les deux commencèrent par ce que la formation des sous-officiers légionnaires leur avait appris. Installer une tour au sommet de la colline d’où on pouvait voir la campagne et les sommets des Montagnes Noires à des kilomètres. Mais le mode d’organisation de leur camp avancé varia au fil du temps. Les deux avaient besoin de main-d’œuvre pour organiser les tours de vigie et pour compléter les murailles de défense. Alaenus tenta d’abord de recruter parmi les jeunes hommes d’Heraclea. Mais ils n’étaient disponibles que lorsque la mer était trop mauvaise pour aller pêcher, ce qui n’était pas fréquent. Après avoir obtenu l’autorisation du conseil du village, il fit venir plusieurs légionnaires déserteurs et leur signa un contrat : après quelques années de labeur, on leur octroierait un lopin de terre qu’ils pourraient cultiver. Peu de légionnaires déserteurs passaient par là, aussi les travaux furent-ils lents.

Sur l’autre colline, Marcus Stephanus ne s’embarrassa pas d’obtenir la moindre autorisation du conseil pour faire venir un contingent d’esclaves depuis son lointain Spatalum. Les accompagnait un personnage mystérieux du nom de Samajat. On le disait carthaginois natif de Tipaza, d’autres le considérait comme juif de Samarcande ou zoroastrien de Perse. On murmurait que Marcus Stephanus et lui s’étaient rencontrés dans un lupanar de Corfou, qu’il avait amassé une immense fortune à des taux usuraires ou que son emprise venait d’un incident de jeunesse où Samajat avait sauvé la vie de Marcus Stephanus. On racontait n’importe quoi car l’homme ne sortait jamais de l’ombre de Marcus Stephanus qu’il accompagnait dans tous ses déplacements sans dire un mot mais, sur le visage, l’air scrutateur et méfiant d’un proconsul poursuivi pour détournements de fonds.

Marcus Stephanus n’avait aucune raison de promettre aux esclaves un quelconque affranchissement au terme de leur labeur. Ils étaient des sous-hommes et devaient le rester. La trique et les réductions de portion alimentaire eurent tôt fait d’étouffer toute indiscipline et les constructions de fortification avançaient bon train. Une autre équipe plantait, binait et récoltait les terres arable adjacentes et Samajat se chargeait de vendre à bon prix les récoltes dès que les scrutateurs d’Heraklea avaient le dos tourné. Les sesterces s’accumulaient dans le coffre qu’il partageait avec Marcus Stephanus.

Lors de leurs tournées d’inspection, les sages de la ville ne pouvaient que constater les faits : les travaux sur la colline de Marcus Stephanus avançaient plus vite que ceux d’Alaenus. Les plus perspicaces d’entre eux notèrent cependant que le choix des emplacements (n’avait-on pas construit une salle de soins au-dessus d’une rivière!), la hauteur des murailles, la qualité des mortiers laissaient à désirer chez Marcus Stephanus tandis que les champs d’Alaenus étaient mieux entretenus et rapportaient plus de recettes dans la cassette de la ville. Aux remarques formulées, Alaenus montrait aux scrutateurs son plan de travail sur six ans ainsi que ses comptes scrupuleusement enregistrés tandis que Marcus Stephanus promettait d’édifier plus vite encore et de verser des sommes considérables dès l’an prochain. Il profitait de cette écoute pour critiquer les méthodes de son ancien compagnon d’infortune, jugeant son contrôle sur les ouvriers déficient et dangereux pour l’homogénéité ethnique du village. Il attribuait la lenteur d’exécution de ses défenses au souci pointilleux de règles architecturales dépassées et au souci de ménager les forces de ses équipes. Alaenus s’abstint de répondre à ces critiques et demanda aux sages de s’en tenir aux résultats.

(à suivre la semaine prochaine…)

Caius, son chien et son coq – II

Si vous ne l’avez pas encore fait, lire l’épisode I (sur ce lien) avant de continuer

Alaenus Bonodictus était né à Sour-ha-Kussim, une cité forteresse sur l’île connue sous le nom d’Ortygie au sud de la Sicile. Issu d’une riche famille de navigateurs d’origine phénicienne, il avait été fait prisonnier par une bande de pirates lors d’un voyage maritime. Vendu comme esclave à un riche propriétaire terrien, il était parvenu à s’échapper et était arrivé à Rome dans l’espoir de faire reconnaître sa noble naissance. Mal lui en prit puisqu’il se retrouva recruté d’office dans les légions avec le maigre espoir d’être libéré au bout de douze années.

Marcus Stephanus Tardimaestus, de son côté, n’avait pas été enrôlé de force. Né à Spalatum, ce dalmate s’était laissé convaincre par les services de recrutement de la légion romaine commandée par le général Marius Plumbum, plus connu par ses soldats sous le surnom de Luscus Rex depuis qu’il avait perdu un œil à la bataille de Carec Caradoc contre les Bretons. « Vous verrez du pays » lui avait-on promis ; il avait signé pour six ans. A peine entamée la seconde année, il s’était convaincu que voir du pays dans les conditions proposées par la légion romaine ne ressemblait en rien aux affiches alléchantes du Mare Nostra Concilium, l’officine chargée de la propagande. Il nourrissait aussi des ambitions qui rendaient risible sa maigre solde de sous-off.

C’est bien dans le port de Pise qu’Alaenus, Marcus Stephanus et Caius se rencontrèrent. Plusieurs légions avaient été réquisitionnées pour accompagner l’empereur dans une de ses  rares excursions au dehors de son palais du Palatin ou de son refuge de Baïes. Néron savait que sa cruauté lui valait de nombreux ennemis et ne sortait qu’entouré d’une garde nombreuse, propre à dissuader la moindre velléité de révolte et démontrer aux foules sa toute-puissance divine. Caius était cuistot au mess des sous-officiers ; Bonodictus et Tardimaestus y vinrent remplir leur gamelle. Tous trois voulaient s’échapper et ils ne tardèrent guère à se rendre compte que chacun était indispensable aux deux autres. Caius pouvait mettre de côté les rations de nourriture, le marin Bonodictus apporterait sa connaissance de la navigation tandis que Tardimaestus promettait de soudoyer le gardien de la flotte impériale pour subtiliser une belle embarcation manœuvrable entre eux trois.

Lorsque Caius, chargé d’un énorme sac de victuailles arriva, à la nuit tombée en compagnie de Bonodictus à l’entrée du petit port plongé dans l’obscurité d’une nuit de nouvelle lune, ils trouvèrent Tardimaestus qui les attendait. Ils prirent le chemin qui contournait la baraque des gardes étrangement silencieuse et sans la moindre torche. Bonodictus ne cacha pas son mécontentement de voir que la solde de plusieurs mois qu’il avait confié à Tardimaestus n’avait servi qu’à subtiliser un rafiot qui devait pourrir depuis des mois dans la vase de Pise.

Le récit des deux rescapés sur le décès de leur compagnon était semblable. Lorsque les vivres commencèrent à manquer, le plus affecté des trois fut Caius, moins habitué aux privations que ses compagnons. Un jour qu’il se penchait hors de la barque à la recherche inutile d’un poisson qu’il pourrait saisir de ses mains, un requin surgit hors de l’eau, il lui sectionna presque chirurgicalement le cou et  emporta sa tête dans sa gueule immonde. Les deux débattirent quelque temps s’ils devaient jeter le corps à la mer. Ils finirent par se convaincre qu’offrir un tel appât ne ferait qu’attirer autour de leur embarcation une horde de requins affamés.

Ni Alaenus, ni Marcus Stephanus ne surent jamais le nom complet de leur comparse. Des chercheurs, bien plus tard, rassemblèrent les maigres données de son prénom et de la date de son arrivée à Heraclea depuis Pise pour assimiler sa biographie à celle du chef de la garde impériale dûment exécuté à la même époque. On oublia l’histoire du requin et on y substitua le méchant Néron. Rapprochement hâtif comme on le voit, mais justifiable par l’ardente ferveur religieuse qui avait envahi notre contrée quelques siècles plus tard. Zélotes et néophytes rivalisant d’extrémisme. La présence de reliques, aussi douteuses soient-elles, avait l’art d’attirer les foules et de favoriser le commerce. Rappelons qu’en ces temps, l’Inquisition brûlait et écartelait pour le moindre soupçon de déviance et que la hiérarchie catholique vendait à l’encan des années de purgatoire à qui voulait bien remplir sa besace. Les religions monothéistes sont ainsi constituées que quelques esprits entrepreneurs peuvent faire gober des balivernes aux plus crédules. Un jeune berger de Cologne, Nicolas et un certain Étienne natif de Cloyes (ancien hameau sur le Loir) n’eurent-ils pas l’idée d’emmener à leur suite une armée de pauvres et de miséreux armés de fourches pour aller délivrer Jérusalem. Connue sous le nom de croisade des enfants, la plupart des pèlerins moururent en route, certains terminèrent esclaves et aucun ne parvint en Terre Sainte. Le fanatisme ne prend pas toujours les mêmes formes mais obtient les mêmes effets.

(à suivre la semaine prochaine…)

Caius, son chien et son coq – I

Nous avions déjà publié ce billet l’an passé mais, pour cause d’actualité, nous avions omis d’en conter la suite. Cette fois, nous ne nous laisserons pas dévier de notre programme.

On connaît la légende, mais bien moins la véritable histoire. La légende dit ceci : une barque aborda le port de Saint-Tropez. A bord il y avait un corps, un chien et un coq. Le corps était celui de Caius Silvius Torpétius, découvert par les pécheurs sans sa tête. Le chien prit le chemin du village voisin de Grimaud tandis que le coq voleta tant bien que mal jusqu’au village de Cogolin.

La vérité est tout autre, comme vous l’imaginez bien. La tête de celui que la postérité chrétienne nommera Saint-Torpes ou, francisé, Saint-Tropez, est restée à Pise, l’endroit où il fut décapité par le bon empereur Néron pour n’avoir pas voulu honorer la déesse Diane. Caius, récent converti, n’avait pour dieu que Dieu. Une formule que l’étroitesse d’esprit de l’empereur ne pouvait assimiler. Là où le bât blesse dans la légende c’est que le droit traditionnel romain de l’époque  prévoyait que la tête ainsi décolletée soit enfermée dans un sac de cuir avec, à l’intérieur, un coq et un chien qui se chargeraient de la dévorer (poena cullei). Une pratique cruelle, certes, surtout, si on y pense bien, pour les animaux bien plus que pour la tête. On voit donc mal comment les dits animaux auraient pu se trouver embarqués en compagnie du reste du corps, abandonné au gré de l’Arno puis de la mer.

Il est bon de rappeler la date : l’an 68 de notre ère. Saul de Tarse, plus connu sous le nom de Saint-Paul vient de mourir à Rome, en 64 pour certains au moment des rafles des premiers chrétiens accusés d’avoir mis le feu à Rome ou un peu plus tard. Quoiqu’il en soit, Paul n’a œuvré à la diffusion du message de Jésus le nazaréen que dans les provinces turques. C’est également à Rome que serait mort, vers les mêmes dates, Simon Kephas, connu sous le nom de Saint-Pierre qui, lui, a passé le plus clair de son temps au Moyen-Orient. Il est donc très peu probable que la gentille dame appelée Célérina qui, dans la légende, a enseveli le corps décapité de Caius ait été déjà touchée par la grâce chrétienne. C’est que la petite bourgade de Heraclea Caccabaria est bien loin des zones de développement initial de la nouvelle religion. Ce qui prouve, s’il en était besoin, que la bonté envers ses semblables n’est pas née avec la parole divine de Jésus Christ.

Ce que trouvent les pécheurs matinaux d’Heraclea est une barque qui a dérivé depuis les côtes italiennes. A bord, il y a trois hommes ; l’un est déjà décédé et les deux autres ne valent guère mieux, minés par la faim et la soif depuis qu’ils naviguent sans but. Il y a une trentaine d’années, on les appelait les boat-people, ils fuyaient un pays en guerre très loin de chez nous, en Asie du sud-est. Dans les années 1960, les moyens de communication avaient fait de réels progrès depuis l’ère romaine et toute la planète put suivre sur ses petits écrans la détresse de ces pauvres gens. On s’apitoya beaucoup dans les chaumières mais cette désespérance était si lointaine qu’on ne pouvait pas y faire grand-chose. Depuis quelques années, cette migration désespérée par la mer s’est rapprochée singulièrement de nos côtes. On s’en apitoie parfois mais, plus souvent, on détourne la tête. Quand on ne décide pas tout simplement de les renvoyer vers leurs champs de ruine et de misère. Preuve, s’il en était besoin, que, malgré tous les efforts du fou de Nazareth et la transmission de son message orbi et urbi, beaucoup d’entre nous y restent sourds.

Mais revenons à nos deux robinson crusoé survivants qui eurent la chance de voir leur frêle embarcation échouer, non sur une île déserte, mais sur une presqu’île peuplée de villageois secourables. Devant leur état déplorable, certains redoutèrent une quelconque maladie pernicieuse et on songea à les mettre en quarantaine dans un lieu retiré, une ferme abandonnée connue sous le nom de formula prima au lieu-dit de la londe de l’autre côté de la presqu’île. Célérina et quelques autres matrones s’y opposèrent farouchement. Elles entreprirent de soigner leurs blessures et remettre sur pied ces pauvres naufragés. Désaltérés, nourris et entourés de sollicitude curieuse, la mauvaise fièvre qui les faisait délirer dans leur sommeil comateux disparut. Quelques jours suffirent car ils étaient jeunes et sains. Les deux hommes purent conter leur histoire.

(à suivre la semaine prochaine…)

Les feux de l’amour : the (very) great finale

Pour ceux de nos lecteurs qui auraient manqué les épisodes précédents, ils peuvent se reporter (dans l’ordre) à nos billets : Les feux de l’amour – Épisodes 1 à 5743 : L’Amour ; Les feux de l’amour – Épisodes 5744 à 8707 : Le feu et Les feux de l’amour : the revival.

Comme tout bon amateur de soap opéra le sait, on a beau poursuivre les saisons, il y a un moment où il faut tirer le rideau. De préférence sur un coup de théâtre. Ou un coup de torchon comme le souhaitait Bertrand Tavernier. Et tous les passionnés des feux de l’amour savent bien que, sous couvert de l’amour, l’histoire traite surtout de gros sous. De gros sous, de connivences, de traîtrise et de tous ces sentiments si désordonnés de la nature humaine.

Attention à nos lecteurs, il y a un spoiler dans notre billet de la semaine. Si vous voulez avoir la surprise, arrêtez-vous là. De même pour les bisounours de tous poils qui croient à l’altruisme indéfectible de Victor, le bienheureux. Pour les curieux, on vous aura prévenus !

Nous avions quitté Patty (alias Mary-Jane) et Jack dans l’extase devant la reconstruction de leur cabane de plage, transformée en palais royal par la bonté illimitée de Victor, leur bienfaiteur. Précisons : pas Victor lui-même, mais la société presque anonyme qu’il dirige, une société quasi unipersonnelle tant les membres de son conseil d’administration votent les yeux fermés et la bouche ouverte d’admiration inconditionnelle toutes les décisions de Victor.

Les beaux jours allaient revenir et ils se faisaient une joie d’accueillir pour une quatrième saison leurs amis, leurs commensaux et, bien entendu, Victor et sa horde d’adulateurs. Les spectateurs en avaient la larme à l’œil de cet happy end.

En fait non. Coup de théâtre.

Patty et Jack jettent l’éponge. Une éponge gorgée d’une jolie plus-value.

Après avoir bénéficié d’une troublante mise en concurrence où Patty d’un côté et Jack de l’autre étaient les seuls candidats,

Après avoir profité d’un loyer de misère (1 000 euros/mois) pendant trois ans (soit 36 000 euros au total),

Après s’être abstenus de prendre une assurance comme l’exigeait leur contrat de bail,

Après avoir subi un incendie dont on ne connaît pas l’origine,

Après que Victor, fermant les yeux sur l’absence d’assurance, s’engage à refaire à neuf leur cabane,

Après s’être abstenus de rendre des comptes financiers à la société de Victor comme le demande la loi,

Après que la société de Victor ait pris à sa charge tous les travaux de reconstruction (330 000 euros au minimum)

Après tous ces bienfaits dispensés par Victor le bienheureux,

Patty et Jack revendent leur bail à un tiers pour une somme voisine du demi-million d’euros, petit pactole qui restera dans leurs fouilles.

Comme ils disent du côté de Marseille, elle est pas belle la vie ?

La société de Victor a financé la reconstruction de la demeure sur les deniers des actionnaires et Jack et Patty vont toucher le gros lot en revendant leur bail pour un demi million d’euros.

Eh oui ! les spectateurs béats ou incrédules de notre série télévisée à la guimauve en seront pour leur compte ! Comment toucher le jack-pot en laissant se consumer son amour (et sa cabane sur la plage!), faire financer par d’autres, naïfs, sa renaissance et vendre au plus offrant. L’art et la manière du libéralisme sans scrupules. Comment siphonner les deniers de la société pour financer les grosses plus-values d’un tout petit nombre. Le public applaudira peut-être.

Merci Victor, merci à ses affidés et ses thuriféraires, aux membres du conseil d’administration, aussi admiratifs que coupables et à cette cour qui ne lui voit aucun défaut. L’amitié n’a pas de prix, dit-on, voilà qui devrait réjouir les âmes bien-pensantes et les gobe-mouches de la cité.

Clap de fin ?

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